SELARL kinésithérapeute : guide complet du passage en société en 2026
La SELARL kinésithérapeute est devenue, le véhicule d'exercice le plus pertinent pour optimiser fiscalité et patrimoine. Elle permet de capitaliser à l'IS au taux réduit de 15 %, de piloter finement le mix rémunération/dividendes, et surtout d'ouvrir la voie à la SMHF : dispositif accessible aux kinés mais fermé aux dentistes, qui peut détenir jusqu'à 25 % du capital de la SEL et faire remonter les dividendes. Ce guide détaille deux cas chiffrés, les pièges de la réforme 2024 sur la rémunération technique, le coût réel de mise en place, et la stratégie SELARL / SMHF pour bâtir un patrimoine immobilier ou financier hors du périmètre libéral.

Vous êtes kinésithérapeute libéral, vos honoraires progressent, et vous vous demandez si la SELARL kinésithérapeute est faite pour vous ? Entre la pression des cotisations CARPIMKO et l'envie de construire un patrimoine, le passage en société est devenu une question stratégique pour tout kiné.
Ce guide vous donne, sans détour, les critères pour décider, deux cas chiffrés (à 50 000 € et 100 000 € de bénéfice), les pièges de la réforme 2024, et un dispositif souvent méconnu mais redoutablement efficace pour les kinés : la SMHF (Société Moyens Holding Familiale).
L'essentiel à retenir
• La SELARL devient pertinente pour un kiné dès que son bénéfice BNC dépasse ses besoins de vie réels.
• Les économies viennent du fractionnement entre rémunération de gérance (soumise à cotisations CARPIMKO) et bénéfice de société (IS à 15 % puis 25 %).
• À 100 000 € de bénéfice, l'économie peut atteindre 15 000 à 19 000 €/an.
• À 50 000 € de bénéfice, le passage est généralement non rentable.
• Depuis 2024, la rémunération technique doit être déclarée en BNC : ce changement modifie la mécanique d'optimisation et impose une bonne préparation.
• La SMHF permet à un kiné de détenir 25 % de sa SEL via une holding non réglementée, ouvrant la voie à un investissement immobilier ou financier.
SELARL kinésithérapeute : qu'est-ce que c'est ?
La Société d'Exercice Libéral à Responsabilité Limitée (SELARL) est l'équivalent de la SARL pour les professions libérales réglementées. Elle permet à un kinésithérapeute d'exercer son activité sous forme de société tout en respectant les règles déontologiques imposées par le Conseil de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes.
La SELARL se distingue de l'exercice individuel en BNC (Bénéfices Non Commerciaux) sur trois axes majeurs :
• Personnalité morale distincte : la société a son propre patrimoine, séparé du vôtre.
• Fiscalité à l'IS par défaut : les bénéfices sont taxés à 15 % puis 25 %, et non plus directement à votre taux marginal d'imposition.
• Rémunération choisie : vous fixez le montant de votre salaire de gérant, qui sert d'assiette aux cotisations sociales.
À côté de la SELARL existent la SELAS (équivalent SAS), la SELEURL (kiné seul) et la SELCA (rare). Pour 95 % des kinés qui se posent la question, le choix se résume à SELARL ou SELAS, que nous comparerons plus loin.
Pourquoi passer en SELARL quand on est kinésithérapeute ?
Quatre leviers expliquent l'engouement croissant des kinés pour la SELARL.
1. Réduire les cotisations CARPIMKO et URSSAF
En BNC, vos cotisations CARPIMKO (retraite spécifique aux kinés), URSSAF et CSG/CRDS sont assises sur l'intégralité du bénéfice. À 100 000 € de bénéfice, comptez environ 30 à 35 % de charges sociales, soit 30 000 à 35 000 € hors impôt sur le revenu.
En SELARL, ces cotisations ne s'appliquent que sur la rémunération de gérance, dont vous fixez le montant. Le reste du bénéfice, conservé dans la société, n'est soumis qu'à l'impôt sur les sociétés, beaucoup moins coûteux à court terme.
2. Constituer une trésorerie à fiscalité douce
Le bénéfice non distribué reste dans la société et est taxé à seulement 15 % sur les premiers 42 500 €, puis 25 % au-delà. Cette trésorerie peut servir à financer du matériel professionnel, embaucher un assistant, racheter un cabinet, ou alimenter une holding patrimoniale (SMHF).
3. Protéger votre patrimoine personnel
La responsabilité financière d'un kiné en SELARL est limitée à ses apports (sauf faute de gestion ou faute professionnelle, qui restent personnelles). Votre résidence principale, votre épargne et vos placements sont clairement isolés du risque entrepreneurial.
4. Préparer la transmission ou la cession du cabinet
Céder des parts sociales de SELARL est juridiquement plus simple et fiscalement plus avantageux que céder un fonds libéral en BNC. C'est aussi une étape indispensable si vous envisagez d'associer un confrère ou de transmettre votre cabinet à un proche. Pour comprendre la mécanique de fond du basculement BNC → SEL, voir notre guide passage de BNC en SELARL.
Quel seuil de rentabilité pour passer en SELARL ?
Le passage en SELARL n'a de sens que si votre bénéfice annuel dépasse vos besoins de vie. Tant que vous consommez l'intégralité de vos revenus pour vivre, la SELARL n'apporte aucun avantage : vous resterez taxé pratiquement comme en BNC.
L'indicateur clé n'est donc pas votre bénéfice brut, mais l'écart entre ce que vous gagnez et ce dont vous avez besoin pour vivre. Plus cet écart est important, plus la SELARL prend tout son sens.
Cas pratique 1 : kiné à 50 000 € de bénéfice annuel
Prenons l'exemple d'un kiné libéral, célibataire sans enfant, exerçant en cabinet de groupe, avec un bénéfice BNC de 50 000 € par an.
Scénario A — maintien en BNC
Le kiné dispose d'environ 29 000 € net après cotisations et impôt.
Scénario B — passage en SELARL avec rémunération de gérance de 30 000 €
* Les cotisations sociales sont déductibles du résultat. À 50 000 € de bénéfice, les frais structurels SELARL annulent le gain fiscal.
Verdict : à 50 000 € de bénéfice, la SELARL fait perdre environ 2 600 €/an de pouvoir d'achat immédiat. Les frais annuels de gestion (expert-comptable, dépôts au greffe, ~3 000 à 4 000 €) achèvent de rendre l'opération non rentable. Restez en BNC, idéalement en déclaration contrôlée.
Cas pratique 2 : kiné à 100 000 € de bénéfice annuel
Même profil, mais bénéfice de 100 000 € par an (pratique chargée, parfois avec collaborateurs).
Scénario A — maintien en BNC
Le kiné conserve environ 55 000 € net après cotisations et IR (TMI 30 %).
Scénario B — passage en SELARL avec rémunération de gérance de 50 000 €
*Cotisations sociales déductibles du résultat société.
Économie nette : environ 19 000 €/an, dont 27 625 € capitalisés dans la société pour préparer un investissement, une SMHF ou la cession du cabinet. À ce niveau de bénéfice, la SELARL est clairement gagnante, à condition d'avoir une stratégie de réinvestissement claire.
La réforme 2024 : la rémunération technique en BNC
Depuis le 1er janvier 2024, l'administration fiscale a profondément redéfini les règles d'imposition des rémunérations versées aux associés exerçant en SEL. C'est un changement structurel qu'aucun kiné ne peut ignorer avant de basculer.
Ce qui change concrètement
Jusqu'en 2023, l'intégralité de la rémunération du gérant associé d'une SELARL était imposée dans la catégorie des traitements et salaires (TS), comme un dirigeant classique de SARL. Une tolérance administrative permettait d'y inclure 5 % de rémunération technique sans contestation.
Depuis 2024, l'administration distingue clairement :
• La rémunération technique (ce que vous facturez réellement comme acte de soin) : imposée en BNC.
• La rémunération du mandat social (gérance pure, gestion administrative) : imposée en traitements et salaires.
Conséquences pratiques pour un kiné
• Vous devez désormais dissocier les deux flux dans votre comptabilité et votre déclaration.
• La part technique conserve les avantages BNC (déductions, frais réels, abattement 10 % en TS supprimé sur cette part).
• Une comptabilité plus rigoureuse s'impose, sous peine de redressement.
Cette réforme ne remet pas en cause l'intérêt de la SELARL, mais elle complique la gestion et rend l'accompagnement par un expert-comptable spécialisé profession libérale incontournable. Pour explorer les détails de la fiscalité des distributions de SEL, voir notre guide dividendes SELARL.
SELARL ou SELAS pour un kinésithérapeute ?
Les deux formes sont juridiquement valables pour un kiné. Voici les différences à connaître pour trancher.
Notre conseil : pour un kiné solo ou en duo qui souhaite une fiscalité de gérant majoritaire (et donc des cotisations TNS plus légères que celles d'un assimilé salarié), la SELARL reste le choix par défaut. La SELAS prend du sens si vous projetez d'ouvrir le capital à plusieurs associés ou de structurer un groupe de cabinets — pour mieux comprendre les implications côté distribution, voir notre guide sur les dividendes SELAS et cotisations sociales.
Étapes du passage en SELARL : combien de temps, combien ça coûte ?
Comptez globalement 3 à 6 mois entre la décision et l'immatriculation effective, dont 2 à 4 mois pour l'agrément ordinal du CDOMK qui est la phase la plus longue. Budget total : 3 000 à 6 000 € (audit, rédaction des statuts, frais juridiques, premier exercice comptable).
La SMHF : le levier patrimonial des kinésithérapeutes
C'est sans doute l'information la plus importante de cet article pour un kiné qui veut construire un patrimoine.
Qu'est-ce que la SMHF ?
La SMHF (Société Moyens Holding Familiale) est une holding patrimoniale non réglementée (sous forme de SAS, SARL ou société civile) qui peut détenir des parts d'une SEL.
Contrairement à la SPFPL (Société de Participations Financières de Profession Libérale), la SMHF n'est pas inscrite à l'Ordre et n'est donc pas soumise aux contraintes de la profession. Elle peut investir librement en immobilier locatif, ETF, parts de SCI, assurance-vie société, private equity, etc. Vous trouverez plus de détail dans ce guide sur la SMHF.
Le seuil des 25 % : un avantage spécifique aux kinés
La législation autorise les kinésithérapeutes (mais aussi les médecins, infirmiers et sages-femmes) à laisser jusqu'à 25 % du capital de leur SEL être détenu par une holding non réglementée, c'est-à-dire une SMHF.
⚠️ Cette possibilité est fermée aux chirurgiens-dentistes depuis l'ordonnance de février 2023. C'est donc une véritable opportunité dont les kinés doivent profiter.
Comment ça fonctionne en pratique ?
1. Vous créez une SELARL pour exercer votre activité de kiné.
2. Vous créez une SMHF (holding patrimoniale familiale) qui détient 25 % de votre SELARL.
3. La SELARL verse des dividendes annuels à la SMHF (la répartition des dividendes peut être inégalitaire)
4. Grâce au régime mère-fille, ces dividendes remontent à la SMHF avec une taxation effective de 1,25 % seulement (95 % d'exonération d'IS, quote-part de 5 % imposée à 25 %).
5. La SMHF utilise cette trésorerie pour investir : immobilier (en direct ou via SCI), bourse, parts de fonds, etc.
6. Les revenus générés par ces investissements sont à nouveau taxés au taux IS de la SMHF (15 % puis 25 %), bien plus doux que votre TMI personnelle.
Quel intérêt pour un kiné ?
L'intérêt est double :
• Effet de levier patrimonial
• Préparation de la retraite et de la transmission : la SMHF est familiale, transmissible par donation-partage, démembrement, ou simple cession de parts. Bien plus souple qu'un contrat Madelin ou un PER.
Notre conseil : si votre objectif est seulement de gagner du pouvoir d'achat immédiat, la SELARL seule suffit. Mais si vous voulez construire un patrimoine avec l'argent généré par votre activité, la combinaison SELARL / SMHF est aujourd'hui la stratégie la plus puissante accessible aux kinésithérapeutes.
Quand conseiller la SELARL ? Quand conseiller la SMHF ?
Pour clarifier deux situations souvent confondues :
• SELARL seule : conseillée dès que votre bénéfice BNC dépasse vos besoins de vie réels et que vous voulez optimiser votre fiscalité immédiate.
• SELARL + SMHF : conseillée si vous voulez utiliser l'argent dégagé par votre cabinet pour bâtir un patrimoine (immobilier, financier) plutôt que de tout sortir en revenu personnel.
Erreurs à éviter
• Passer en SELARL trop tôt
• Sous-évaluer la rémunération de gérance : sous certains seuils, vous perdez des droits CARPIMKO et générez un risque URSSAF.
• Distribuer plus de 10 % du capital social en dividendes : la part au-delà subit les cotisations sociales TNS.
• Oublier la dissociation rémunération technique / mandat social : risque de redressement fiscal.
• Confondre SPFPL et SMHF : la SMHF est plus souple et plus efficace pour construire un patrimoine personnel.
• Lancer le projet sans expert-comptable spécialisé : la SEL est un montage technique qui exige une expertise sur le sujet.
Conclusion
Le passage en SELARL kinésithérapeute est un levier puissant d'optimisation fiscale et patrimoniale, à condition d'avoir un bénéfice annuel suffisant (à partir de 70 à 90 000 €) et un projet clair derrière le montage. Sous ce seuil, le maintien en BNC reste plus simple et tout aussi efficace.
Pour les kinés qui dépassent ce cap, la combinaison SELARL + SMHF ouvre des perspectives uniques : capitaliser dans une holding patrimoniale non réglementée et bâtir un patrimoine immobilier ou financier avec une fiscalité considérablement allégée.
Mais chaque situation est spécifique : âge, situation familiale, projets de cession, exposition fiscale internationale (pour les kinés expatriés ou non-résidents), niveau de besoins de vie. Un audit personnalisé reste indispensable avant tout passage en société.
👉 Échangez avec un expert-comptable spécialisé profession libérale pour valider la pertinence d'un passage en SELARL et étudier la mise en place d'une SMHF adaptée à votre cabinet.
FAQ — SELARL kinésithérapeute



